La nécessité du purgatoire

De la nécessité du purgatoire et de son épouvantable nature.

 

Je dirai plus : en ce qui concerne Dieu, je vois que le paradis n'a pas de porte et que peut y entrer qui veut, car Dieu est tout miséricorde et ses bras sont toujours ouverts pour nous recevoir dans la gloire; mais la divine Essence est si pure - infiniment plus pure que l'imagination ne peut la concevoir - que l'âme, trouvant en elle-même la plus légère imperfection, se jetterait d'elle-même dans un millier d'enfers plutôt que de paraître souillée en la présence de la divine Majesté. Sachant alors que le purgatoire est institué pour la purifier, elle s'y précipite d'elle-même et y trouve cette grande miséricorde : la destruction de ses fautes.

L'esprit ne peut concevoir ni aucune langue ne peut rendre la grande importance du purgatoire. Je constate seulement que ses peines sont aussi grandes que celles de l'enfer; mais je vois aussi qu'une âme, souillée de la plus légère faute, recevant cette miséricorde,, compte pour rien;ses peines en regard du délai de la jouissance de son amour. Et je sais que la plus grande souffrance de ces âmes est de voir en elles ce qui déplaît à Dieu et de découvrir que, malgré sa bonté, elles y ont consenti.

Il en est ainsi, parce qu'étant en état de grâce, elles voient la réalité et l'importance des empêchements qui ne lui permettent pas d'approcher de Lui.

 

Catherine de Gênes, Traité du purgatoire, Paris : Editions de l'Emmanuel, 1993,  p.42-23.